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La reproduction
En aquarium,
les poissons se montrent souvent moins enclins à se reproduire
que dans la nature.
C'est une constatation que l'on fait peut-être trop hâtivement
car c'est à la fois vrai et faux.
C'est vrai pour certains qui ne trouvent pas les conditions idéales
qu'ils réclament ou le (ou la partenaire qui leur plaît).
C'est faux, car beaucoup n'hésitent pas à pondre, mais ils le
font sans qu'on s'en aperçoive, parceque l'éclosion ne va pas
à son terme ou parceque les oeufs sont dévorés dès qu'ils sont
pondus. Et puis, il y a ceux qui "pondent" directement des petits
prêts à nager et qui se reproduisent souvent sans réclamer de
conditions de vie très spéciales.
Pontes
d'oeufs ou d'alevins
La plupart des poissons pondent des oeufs et quelques autres donnent
naissance à des petits qui nagent dès qu'ils sortent du ventre de
leur mère. On distingue ainsi deux catégories:
- Les ovipares
dont les femelles ne pondent pas des oeufs mais des ovules qui
sont fécondés ensuite par la semence du mâle au moment où ils
sont pondus. Ce sont en réalité des ovulipares. Ce mode de reproduction
oblige à réunir mâle(s) et femelle(s) au moment de la ponte. Selon
les espèces de poissons, celle-ci se fait uniquement entre un
seul mâle et une seule femelle, entre une femelle entourée de
plusieurs mâles ou lors de réunions assez agitées où plusieurs
mâles et plusieurs femelles se regroupent pour pondre en commun.
- Les vivipares
chez qui les femelles paraissent pondre des petits vivants qui
nagent aussitôt. En réalité, elles pondent des oeufs qu'elles
ont couvés dans leur ventre et qui éclosent juste au moment de
sortir. Quand on observe ces naissances de près, on distingue
bien la sortie des alevins roulés en boules, qui se déplient très
vite, suivie à chaque fois de l'éjection de coquille minuscule
et translucide. Il arrive parfois que soient pondus des oeufs
avortés. Ces faux vivipares qui pondent des oeufs éclos sont des
ovovivipares.
La fécondation
des ovules se fait lors d'accouplement où le mâle, après une prétentieuse
parade ou des préliminaires rapides, dépose sa laitance dans le
ventre de la femelle par l'intermédiaire de son organe copulateur:
le gonopode. Ce petit tube, bien visible sous le ventre des mâles,
est formé par la transformation de la nageoire anale.
Il est plaqué sous le corps en temps normal, et se redresse sur
le côté au moment de l'accouplement. Ce mode de reproduction est
celui des poissons de la famille des Poéciliidés.
Il permet d'isoler la femelle pour qu'elle puisse pondre en paix,
puisque la fécondation s'est faite environ trois semaines auparavant.
Les guppys, les platys et les xiphos (porte-épée) sont les champions
de cette catégorie. Ils donnent naissance à des petits plusieurs
fois par an et ces alevins grandissent bien en aquarium.
D'autres, comme les blacks mollys sont aussi prolifiques, mais réclament
beaucoup de chaleur. Les mollys à voile se reproduisent aussi très
facilement mais leurs alevins, qui sont assez gros à la naissance
grandissent difficilement en aquarium.
Les
différents types de pontes
Les
ovulipares ont développé diverses façons de pondre. Certains s'en
remettent au hasard et le font avec une totale insouciance, mais
d'autres mettent tout en oeuvre pour éviter les pertes. Ils s'occupent
de leur oeufs et ensuite protègent leurs petits.
- Les pondeurs
libres lâchent
leurs ovules et leur laitance au petit bonheur, après une parade
nuptiale qu'ils mènent en groupe. Cette pratique est typique des
poissons qui vivent en banc. Les danios et les tétras font partie
de ces insouciants. Leurs pontes sont fréquentes en aquarium,
mais ils s'empressent, aidés par les autres poissons qui assistaient
à leurs ébats, de dévorer leurs oeufs qui traînent sur le fond.
Pour obtenir des alevins, il faut isoler les parents prêts à pondre
dans un bac installé spécialement pour eux comme décrit au chapitre
consacré aux aquariums.
- Les colleurs
d'oeufs insouciants,
se regroupent aussi pour pondre, mais déposent leurs oeufs adhésifs,
parmi les plantes où ils restent collés. Les faux-néons (Tanichthys
aibonubes) et les barbus de Sumatra (Barbus tetrazona) les déposent
dans les feuillage fin des cabombas, des myriophylles, des cératophyllums
ou de la mousse de Java ; les rasboras arlequins (Rasbora heteromorpha)
les collent sous une large feuille de cryptocoryne, de ludwigia
ou d'échinodorus. Ces pontes passent souvent inaperçues, car sitôt
finies, les parents abandonnent leurs oeufs. Ils ne cherchent
pas spécialement à les dévorer, mais, s'ils sont affamés, ils
ne les dédaignent pas, et Si ce ne sont pas eux qui les mangent,
ce sont les autres poissons de l'aquarium.
- Les colleurs
d'oeufs attentionnés,
que l'on trouve chez les Cichlidés avec, comme exemples, les scalaires
et les discus, sont d'excellents parents. Avant de pondre, ils
préparent et nettoient une surface où ils vont déposer leurs oeufs.
Ce peut être une belle feuille assez large dressée vers le haut
ou une paroi rocheuse plate verticale ou légèrement inclinée,
puis ils éloignent sans ménagement tous les intrus, Après la ponte,
les deux parents surveillent leurs oeufs. Ils éliminent ceux qui
avortent ou qui ne sont pas fécondés et assurent la circulation
de l'eau sur ceux qui restent à l'aide de leurs nageoires pectorales.
Après l'éclosion, ils prennent soin de leurs alevins, mais ils
peuvent les dévorer tous s'ils se sentent menacés ou seulement
dérangés.
Les scalaires se reproduisent ainsi assez facilement en aquarium,
mais il est préférable de les isoler avant qu'ils pondent (il
faut surveiller leurs ébats) ou recueillir la feuille ou la roche
sur laquelle ils ont pondu, la placer à part dans un aquarium
maternité et, ensuite, s'occuper soi-même des alevins. Les discus
sont, en plus, uniques dans leur genre après avoir choyé leur
ponte, ils "allaitent" leurs alevins à tour de rôle par des exsudats
nutritifs qui perlent sur leur peau. Hélas, ils sont assez délicats
à élever et encore moins facile à faire se reproduire.
- Les bâtisseurs
de nid au sol commencent
leur construction parfois plusieurs dizaines de jours avant de
pondre.
Dans nos cours d'eau et nos ruisseaux, l'épinoche est un parfait
exemple de ce comportement. En aquarium, c'est encore parmi les
Cichlidés (Ciehiasoina meeki, Pelvicachrornis puicher, Hemichromis
birnaculatus...) que l'on trouve des couples terrassiers qui n'hésitent
pas à remuer le fond ici au pied d'une roche, puis ailleurs sous
une grosse racine parceque le trou précédent ne leur plaisait
pas.
Ils finissent souvent par adopter un petit pot de fleur couché
ou une demi-noix de coco que l'on met à leur disposition. Quand
vient le moment de la ponte, les deux partenaires se montrent
agressifs et chassent sans ménagement tout autre poisson qui oserait
s'approcher de leur domaine, et surtout de leurs oeufs puis de
leurs petits.
- Les bâtisseurs
de nids flottants
se rencontrent chez les Labyrinthidés (combattants, macropodes
et gouramis). Le mâle construit le nid seul en agglomérant des
bulles d'air qu'il crache après les avoir enduites de mucus collant.
Les gouramis nains (Colisa lalia), y incorporent des fibres végétales
prélevées ici et là sur les plantes. Quand le nid est construit,
le mâle part en quête d'une femelle, l'amène sous le nid et l'invite
à pondre.
Les macropodes et les combattants offrent alors un langoureux
ballet superbe et gracieux le mâle enlace la femelle et le couple
se livre à de langoureuses pirouettes. Dès que la femelle lâche
ses ovules, le mâle les féconde avec sa laitance, puis il lâche
sa compagne et se précipite pour ramasser les oeufs dans sa gueule
et les place dans le nid.
Le ballet peut recommencer, mais lorsque la femelle a fini sa
ponte, le mâle la chasse et se place sous le nid pour surveiller
les oeufs. Il montre alors une agressivité aveugle même envers
sa femelle qui doit aller se réfugier loin de sa vue. Lorsque
les petits naissent, le dévoué papa passe son temps à nager de
tous côtés pour ramener ceux qui vont s'égayer loin du nid.
C'est à ce moment qu'il peut s'affoler et, au moindre stress,
il risque de croquer les bébés qu'il a tant protégé. On a dit
trop souvent que le combattant tuait sa femelle après la ponte.
C'est vrai Si on réuni un couple dans très peu d'eau: quand la
reproduction a lieu dans un aquarium minuscule, sans cachettes,
la femelle ne peut s'éloigner ni se cacher après avoir pondu.
Alors là, le mâle la pourchasse jusqu'à la tuer. Dans la nature
ou dans un grand aquarium, la femelle peut s'enfuir et se soustraire
à la vue de son compagnon.
- Les incubateurs
buccaux
ont trouvé la meileure cache qui soit pour mettre leurs
oeufs puis leurs petits à l'abri des prédateurs c'est la gueule
de la maman. On les rencontre chez les Cichlidés (tilapias, pseudotrophéus,
labéotrophéus...), originaires des grands lacs africains. Le couple
commence par préparer un nid en nettoyant une pierre posée à plat,
puis vient la parade.
Dès que la femelle lâche ses ovules, elle se précipite pour les
récupérer dans sa gueule. Le mâle se place alors au-dessus du
nid et met en évidence sa nageoire anale qui présente plusieurs
petites taches rondes ressemblant à des oeufs. Croyant ramasser
d'autres ovules, la femelle tire sur la nageoire.
Le mâle lâche alors sa laitance qui féconde les ovules directement
dans la bouche de sa compagne. Celle-ci va rester ensuite plusieurs
jours ou plusieurs semaines sans se nourrir, retournant ses oeufs
puis ses alevins dans sa gueule sans jamais les dévorer.
Quand ils commencent à grandir, ils restent à proximité de leur
mère et, à la moindre alerte, ils se réfugient tous en un éclair
dans la bouche maternelle.
- Les pondeurs
souterrains déposent
leurs oeufs dans un fond meuble de vase et de tourbe. Ces petits
poissons appartiennent aux genres Cynolebias, Notobranchius, Aphyosernion,
Rivulus... Ils sont dits "annuels" car ils ne vivent que
quelques mois dans des régions où alternent une période très humide
et une période très sèche. Ils n'avaient ainsi pas d'autre solution
pour se reproduire d'une année sur l'autre. À la saison des pluies,
les mares se remplissent, les oeufs enfouis dans le sol éclosent,
les alevins grandissent très vite et deviennent adultes en quelques
semaines. Ils se dépêchent alors de pondre dans le sol ameubli
avant de mourir quand les mares s'assécheront.
L'alimentation
des alevins
Un alevin sortant
de l'oeuf est un petit poisson réduit, en apparence, à quelques organes
essentiels : une paire d'yeux, une bouche minuscule, une queue très
fine, plus une pochevitelline qui contient des réserves nutritives
pour ses premiers jours. Ensuite, elle se résorbe, et les alevins
commencent à se nourrir par la bouche.
Celle-ci est minuscule et il faut leur donner une nourriture très
fine, normalement à base d'inftisoires, puis de micro-vers et de
nauplies d'artémias.
Il est
beaucoup plus simple de les nourrir avec des aliments tout prêts
spécialement faits pour eux. Commencez par des infusoires lyophilisés
présentés aggloméres sous forme de comprimés et qui reprennent vie
au contact de l'eau~ Au bout de quelques jours, les alevins acceptent
une nourriture plus grosse et commencent à picorer les algues qui
poussent dans l'aquarium.
Donnez-leur des aliments secs ultra-fins et, en complément un peu
de jaune d'oeuf cuit dur (la valeur d'une lentille tous les 2 ou
3 jours). Agrémentez leurs menus avec des nauplies d'artémias que
vous devrez faire éclore. Distribuez tous les aliments sans excès
afin de ne pas troubler ni polluer l'eau de l'aquarium.
Si l'aquarium communautaire compte des poissons voraces attendez
que les jeunes aient atteint leur taille adulte avant de les transférer.
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